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Le jour où Paris Match s’est fait avoir comme un bleu

Paris Match ne fait pas que photoshopper les clichés des grands pontes de ce monde, ils distribuent également involontairement des prix photographiques à qui leur balance les visuels les plus sordides. Deux étudiants s’en sont amusés et ont fait plonger les responsables du magazine dans un traquenard savamment préparé.

Mention rien-etudiants options precarite

Cette fois-ci Paris Match ne pourra rien retoucher

Cette histoire n’est pas nouvelle, mais pour cause de trip au pays d’Héraclès et des batailles mythologiques sanglantes, nous étions passés à côté. C’est notre envoyé spécial en mission dans les Monts d’or, Mister Souloulad qui nous a averti de cette imposture à la saveur d’exploration au cœur de la pomme médiatique vérolée.

Paris Match a organisé le mois dernier la remise des prix de son concours Grand Prix Paris Match du Photoreportage Étudiant 2009. Le genre d’événement vertueux où l’on récompense des étudiants en les gratifiant d’un sourire ultra-bright et de promesses d’un avenir radieux. Une attitude qui masque difficilement l’envie pressante de ramener ces brebis talentueuses dans un chemin plus conforme à une idée de la diffusion de l’information made in Paris Match.

Cette année, les étudiants primés se sont révélés plus doués que prévu. Le reportage qui a remporté le premier prix, réalisé par Guillaume Chauvin, 22 ans, et Rémi Hubert, 23 ans, de l’Ecole Superieure des Arts Decoratif (ESAD), intitulé « Etudiants, tendance précaire » était en réalité un photomontage. La supercherie n’a été révélée par les deux lauréats qu’au moment de la remise des prix alors même que le dernier numéro de Match, contenant un article sur le concours, était prêt à être distribué partout en France. La direction du magazine embarrassée n’a pu que constater les dégâts.

Dans le set de photographies noir et blanc en question (cf. fin de l’article), on peut distinguer une étudiante faisant le trottoir avec comme légende «Pour pouvoir étudier le jour, je me sers de mon cul la nuit…», mais aussi des clichés d’étudiants fouillant dans les poubelles, titrés «Je ne peux pas aller au restaurant universitaire tous les jours, et je n’aime pas aller aux Restos du cœur..». De quoi faire chialer dans les salons de coiffure pendant une bonne semaine, parfait pour le magazine qui n’en demandait pas tant.

Juste après la remise du prix, devant une audience médusée (le choc des photos, hein!), Guillaume et Rémi ont pris le temps de justifier leur démarche.
«Notre démarche est une tentative de remise en question : celle des rouages d’un discours médiatique qui a pour ingrédients la complaisance et le voyeurisme dans la représentation de la détresse.»

Les deux étudiants ont dû prendre un malin plaisir a réciter leur discours devant ce parterre de professionnels accrédités. Ces derniers ont dû avoir la douloureuse sensation de se faire mettre à l’amende par des gamins espiègles qui leur ont, l’espace d’un instant, remis les pieds sur terre.
Je dis bien « l’espace d’un instant » parce que n’allez surtout pas croire que cette démonstration va changer quoi que ce soit. Si jamais le concours est reconduit l’an prochain, c’est déjà un miracle. Et d’un côté, on les comprendrait.

Ce qui est vraiment étonnant dans cette malheureuse histoire, c’est de constater qu’un reportage aussi gonflé de clichés et de préjugés n’ai pas rendu le jury ne serait-ce qu’un tout petit peu suspicieux. Ce qui permet de douter fortement de l’implication des professionnels concernés dans ce qui doit être un concours de référence pour les photographes en herbe.

Les photographies sont toujours disponibles sur le site de Paris Match Mention rien, Des diplômés option précarité

Etudiants_précaires-prostitue

« Pour pouvoir étudier le jour, je me sers de mon cul la nuit... De temps en temps je reviens à l’appart’ entre midi et deux pour dormir. C’est dingue d’en être arrivée là. Heureusement j’arrive encore à le cacher. » Emma, 23 ans, Master de Philosophie

Etudiants_précaires-poubelles

« Je ne peux pas aller au Restaurant Universitaire tous les jours, et je n’aime pas aller aux Restos du Coeur. Alors je fais les fins de marchés et j’en donne à des potes chez qui je peux aller cuisiner. » Armin, 23 ans, Master de sociologie.

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