
Encore un invité very special pour ce mois de décembre, il s’agit d’Antoine de Lasse tes godasses. Une plume affutée pour un sujet délicat, entre folie du jeans et politique comment dire… « ubuesque », c’est ça!

Vous avez sûrement entendu parler de cette nouvelle marque de jeans créée il y a deux ans par une bande de designer suédois. Les Noko jeans, comme le nom le laisse supposer, sont fabriqués en NOrth Korea (Corée du Nord) dans un des innombrables ateliers textiles qui gravitent dans PyongYang et sa banlieue. L’idée de base du projet est bien louable : tenter de désenclaver l’une des dictatures la plus ferme et la plus isolée du globe en faisant appel à la main d’œuvre locale.
Pour sûr, entrer en contact avec les fabricants textiles du coin ne fut pas mince affaire et nos designers ont du patienter pas moins d’un an pour obtenir les autorisations nécessaires pour se rendre au nord du 38ème parallèle. Ne commerce pas qui veut avec les sbires de l’ami Kim Jong Il… Faut être motivé. Surtout si l’on pense que le port du pantalon susnommé est tout bonnement interdit dans ce pays. Trop proche des idéaux US et de leur vil american dream de capitaliste notoire, les autorités ont jugé que le jean porte trop atteinte à l’esprit révolutionnaire pour habiller les jambes des camarades. Et pour ce qui est des charmantes camarades, on a préféré leur interdire carrément le port de tout pantalon, on sait jamais, des fois que…
Conscience politico sociale et acte d’achat
Bref, tout ça pour dire que le blue jean pour la Corée du Nord, c’est une affaire politique – que dis-je, une raison d’Etat ! Et c’est d’ailleurs là tout le génie de nos amis Suédois qui ont réussi à monter une bien belle nouvelle histoire autour du pantalon le plus porté au monde. Quoi de mieux en effet pour affirmer sa différence vis-à-vis du classique que tout le monde arbore, que d’y ajouter une petite référence à sa conscience politico sociale ? « Ah non mon bon monsieur ! Moi je ne porte pas un jean. J’exprime par cette toile de coton robuste la rigueur de la vie de millions de coréens, affamés par un régime ubuesque qui les contraint à une misère que même le plus illustre des prolétaires européens du XIXème n’aurait songé subir un jour » Hum, ça nous fait une belle jambe.
La chute?!
Et oui, si l’objectif demeure louable, je ne peux pas m’empêcher de penser que les Nokos assouvissent plus nos envies de différenciations qu’ils n’ouvrent la Corée du Nord sur le monde. Mais c’est sûrement la série de ce genre d’initiatives qui va permettre, petit à petit, de faire pourrir le fruit de la chutchae (littéralement : « la voie coréenne ». Idéologie isolationniste consistant à affirmer la maîtrise de soi-même et l’indépendance par rapport aux influences extérieures). Car jamais un régime communiste n’est tombé autrement que par lui-même. Pas grand-chose à faire alors en attendant la chute du fruit ? Ah bah si, portez un jean !
Et pour en savoir plus la vie quotidienne en Corée du Nord et la série d’absurdités du régime qui la rythment, lire l’excellente bd PyongYang de Guy Delisle.
Retrouve Antoine sur son site Lasse tes godasses


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